mardi 15 juillet 2008

Nauplie,Spetses, Hydra, Poros...

Yassas à tous qui suivez les péripéties de Wadi Rum autour du Péloponèse…
Et ça continue, avec chaque jour, sa petite histoire.
Nous avons quitté Monemvassia, avec l’impression " portuaire " que le vent serait clément… las… dès que Wadi Rum a montré son nez de l’autre coté de ce Gibraltar local, il prit, comme d’hab, 25nds de vent de face ! 5 heures de moteur et de shaker eurent raison de la patience de l’équipage qui se réfugia dans la petite baie de Kiparissi.
Et là, la récompense. Une crique abritée du vent, une chapelle toute petite et toute blanche, pour nous protéger, un décor de maquis et de pins d’Alep, des cigales qui chantaient (c’est normal, elles chantent tout l’été avant que la bise…), de l’eau claire et un quai pour nous tout seuls…
Un moment superbe, troublé quelques heures par un gros motor-boat, plein de russes riches et bruyants (probablement maffieux), qui eurent la bonne idée de déguerpir avant la nuit. Et nous avons retrouvé notre solitude… royale. Solitude partagée avec un essaim de guêpes qui quitta quand même le bateau chassé par les tortillons anti-bestioles !
Puis un vent favorable, si, si ! nous poussa gentiment vers Porto Cheli (ou Keli). Plaisir de naviguer au portant sur une mer plate, avec Wadi Rum heureux d’allonger la foulée… on avait oublié ! Pour retrouver dans ce mouillage tranquille Stéphane et Bernadette, sur "Sagittaire " avec qui nous naviguons depuis Elafonissos. (Stéphane Carlier a vendu des camions à Alain Tinel !! Comprenne qui pourra ! Nouvelle preuve, en tout cas, que notre monde est minuscule !)
Nauplie, Nafplio, première capitale du tout jeune état grec en 1828, avant qu’Athènes ne reprenne sa place. Très jolie petite ville avec son quartier vénitien, aux petites ruelles, et bien sûr, avec ses tavernas et échoppes et cafés et marchands de glace et fiacres pour touristes, mais aussi sa citadelle imprenable construite pour Venise par Lassalle, ingénieur français, qui, acheté par les turcs, a livré les plans de sa forteresse, le salopard, et la place est tombée sous la coupe des Ottomans ! Mais aussi avec son église des Francs, ancienne mosquée devenue église catholique (tiens ! c’est la première rencontrée), avec son fort turc sur un îlot… 2ème ville visitée de Grèce après Athènes… C’est mérité… Et pour les grecs, c’est la ville de l’amour… Alors !
Puis l’île de Spetses… l’île de la Bouboulina, héroïne de la Guerre d’Indépendance… Elle est née dans une prison à Constantinople, fille d’un capitaine corsaire grec condamné à mort par les turcs et dont la femme avait droit de visite… à 16 ans la Bouboulina se marie avec un capitaine de Spetses, qui meurt, coulé dans son bateau, attaqué par les Turcs… elle se remarie avec un autre capitaine qui, lui aussi, meurt en mer en combattant les Turcs… alors, elle ne les aime pas beaucoup les Ottomans, et comme elle est riche, après ses héritages, elle transforme sa flotte de commerce en flotte de guerre et, à la tête de ses navires, pistolets à la ceinture, elle livre une guerre maritime sans merci, contre l’envahisseur !
Elle meurt, dans un règlement de compte, d’une balle en pleine tête, car son fils, avait séduit et abandonné une fille d’une autre grande famille d’armateur… pauvre petit c.. ! La Bouboulina n’aura pas connu la Grèce libre !
Autre épisode de cette guerre de libération… Vous vous souvenez des Philhéllènes, les européens qui avaient embrassé la cause grecque… parmi eux , le neveu de Napoléon, Paul-Marie Bonaparte, meurt dans l’explosion accidentelle d’un pistolet. Son corps est ramené à Spetses, et conservé 5 ans dans un baril d’huile d’olive ! A défaut de chambre froide… !
En plus de son rôle historique, le port de Spetses est un endroit bien sympa et donc, proximité d’Athènes oblige, très touristique… pas de voitures mais des centaines de scooters à louer et quelques fiacres romantiques… Mais quand même une vraie vie locale avec ses pêcheurs, ses chantiers qui réparent les caïques et ses taxiboats qui vont à fond dans le port, levant un ressac désagréable… Départ un peu rock’roll quand la chaîne de " Sagittaire " ramène une ancre énorme, qui n’est pas la sienne (probablement datant de la guerre d’indépendance !). JJ doit plonger pour mettre de l’ordre là-dedans !
Escale repos et authentiquement grecque à Ermioni… c'est-à-dire sans touriste ! (comme nous !)
Puis le choc ! Non, non, pas une collision, le choc visuel, social, auditif, touristico-tropézien… Hydra ! Le plus beau (petit) port de Grèce ! Possible. Et même vrai, c’est superbe ce village qui monte à l’assaut des montagnes qui entourent le port ! Avec, là aussi, escaliers, ruelles, maisons blanches ou de pierres, bougainvillées, lauriers, jasmins, avec les ânes et mulets qui portent tout, car ici, pas de voitures , mais pas non plus de 2 roues… Alors c’est le vrai St Trop grec ! Hallucinant ! Un trafic maritime fou : les ferries de toute taille qui déchargent en permanence leur cargaison de touristes et qui foncent en chercher d’autres, les taxiboats, à fond, comme toujours, le cargo-citerne qui ravitaille en eau, chaque jour, la petite cité, les petits voiliers comme nous, un peu perdus et affolés comme un piéton place de la Concorde, et, et surtout, les big yachts des plus riches que riches qui remplissent le port tous les soirs, et débarquent la jet-set dans les restos et cafés du port… WR et son bateau-copain (Sagittaire) ont eu la chance de se faufiler et de trouver une place… Alors on est au spectacle de ce monde de fous, dans un décor magnifique, dans un vacarme de moteur permanent.
Mais n’oublions pas le glorieux passé d’Hydra ! Comme à Spetses, sa voisine, les armateurs ont pris une part décisive dans l’indépendance de la Grèce, dès 1821, en attaquant et portant un coup fatal à la flotte turque. Ici, ce sont des héros nationaux. En particulier, Miaoulis a mis au point la technique des brûlots : envoyer des vieux bateaux bourrés d’explosifs au contact des bâtiments ennemis et allumer la mèche… résultat garanti. Mais il fallait des équipages réduits et audacieux, qui se sauvaient en chaloupe juste avant que ça pète !
Et dans le port d’Hydra le cirque quotidien des voiliers et des autres bateaux, qui, chaque fois qu’ils relèvent leur ancre remonte l’ancre du voisin, ou une chaîne, ou une amarre… avec souvent bien du mal pour s’en débarrasser ! Evidemment, Sagittaire et Wadi Rum n’ont pas échappé à la règle… chacun remonte la chaîne d’un autre… mais on connaît maintenant la manœuvre, et on renvoie dans le fond du port ce qui n’est pas à nous !
Nous voilà au quai de Poros, coin qui semble bien sympa aussi. On s’approche peu à peu du rendez-vous avec ma petite sœur MN et sa copine Hélène qui viennent naviguer avec nous, très bientôt. Super ! On va refaire ensemble tout ce trajet d’Egine à Nauplie, en s’enfonçant un peu dans les terres… On vous racontera !
A bientôt, Yassas !

mardi 1 juillet 2008

Vers Monemvassia

Kalispera, bon après-midi ou bonsoir selon l’heure.
J’avais bien dit, la dernière fois, qu’on ferait attention à la météo…! Mais, ici, elle est imprévisible, je me répète… On part de Koroni pour traverser le golfe de Méssenie et doubler le cap Tainaro (ou Matapan)… au moteur… puis le vent monte, super ! On envoie GV (grd-voile) et génois… en plus on l’a dans le… dos ! Le pied ! On file à plus de 6 nds ! On se régale, sous un soleil qui ne nous quitte pratiquement pas depuis deux mois… (oui, je sais, ça vous énerve… mais prenez en votre part !)… puis ça monte encore… (force 6) plus de 20nds… 1 ris… 2ris… réduction du génois… nous voila à force 7… ça devient sportif mais reste amusant… le loch affiche jusqu’à 7,9 nœuds… la mer, à l’approche du cap est de plus en plus mauvaise, creuse, déferlante, une vraie marmite… le vent atteint des rafales à 8… là on s’amuse plus vraiment, bien qu’il n’y ait aucun danger, rassurez vous ! Et tout ça sous un ciel bleu imperturbable et un soleil radieux... mais on est bien content, le cap passé, d’entrer dans la petite baie de Porto Kayo sous 37 nœuds, et que la pioche accroche tout de suite ! Au milieu de tous les autres voiliers venus se blottir là. On a fait un excellente moyenne : + de 6,5…
Voila, ça, c’est pour les copains voileux, pour les mettre un peu dans le bain avec nous.
Pour vous autres, les terriens, sachez qu’on a abordé les côtes sauvages du Magne, arides, dénudées, toutes en montagnes pelées, couvertes d’un maigre maquis épineux et peuplées, si peu, de rudes montagnards, les maniotes. C’est la pointe du " milieu " sur votre carte du Péloponèse. On a voulu en savoir davantage. On remonte jusqu’à Gythion, le port de Sparte du temps de sa splendeur ! Location d’une petite voiture et découverte de ce rude pays. Imaginez des montagnes de rocailles, avec une pauvre végétation de buissons d’épines, quand la terre n’est pas carrément à nue, brûlée par les incendies. Et des villages, des hameaux plutôt, toujours juchés sur un piton rocheux, donc chaque maison est une tour, un véritable donjon de château fort, qui leur donne des allures de ksar marocain ou de château cathare, en pierres grises. Parce que, les maniotes, ils n’aimaient pas les étrangers, mais ils se supportaient entre eux, très difficilement, vivant en clan, avec un sens particulier de l’honneur, pratiquant la vendetta, et se tirant dessus d’une tour à l’autre ! Ca vous fait penser à la Corse, hein ? Celle d’avant, bien sûr ! Hé bien, justement, les Grecs installés à Cargèse, se sont des exilés maniotes du village d’Itilo, qui, persécutés par les Slaves ont demandé asile à la république de Gênes, alors maîtresse de la Corse ! (Pensée pour nos amis Michelle et Christian, amoureux de Cargèse… !)
Belle balade, émaillée aussi de superbes minuscules chapelles byzantines du 11° et 13°, aux fresques bien conservées, et de restes de châteaux francs construits par… ? Gagné ! Toujours notre Guillaume de Villehardouin !
Ah ! détails d’importance : le crin-crin incessant des cigales et les odeurs de maquis. Le Sud quoi !
Au retour les canadairs tournoyaient dans le ciel… ça brûlait dans les collines voisines !
A Gythion, il y a une petite île qui s’appelle Kranaï… Or, il y a bien longtemps, Pâris, fils de Priam, roi de Troie était reçu par Mélénas, roi de Sparte, marié à Hélène, superbe créature… Et, ce coquin de Pâris ne put résister au charme d’Hélène, et, enfreignant les règles les plus élémentaires de l’hospitalité et du savoir vivre, il la dragua ! Et elle trouva ça super ! Ils se sauvèrent de chez Mélénas, pauvre cocu, et leur première nuit d’amuuur se passa sur l’île de Kranaï ! C’est-y pas romantique ça ? Ouais, mais ça a déclanché la guerre de Troie, tout simplement !!
Puis Wadi Rum se rapproche de la dernière difficulté réputée… le passage du mythique cap Maléas… la pointe Est du sud du Péloponèse. Ulysse, lui-même en garde un mauvais souvenir… il rentrait chez lui, peinard, après voir fait du bon boulot pendant la guerre de Troie (justement !) quand, au passage de ce cap Maléas, le vent l’a envoyé au-delà de Cythère, vers le pays des Lotophages…
Et le scénario navigation raconté au début de ce chapitre se reproduit, pour aller de Gythion à l’île d’ Elafonissos, où il y a un mouillage sûr pour attendre que le vent donne son accord pour passer le cap Maléas vers l’Est. Wadi Rum arrive péniblement, par force 7, avec des rafales à 8, vent dans le nez pour le dernier bord, devant la superbe plage du sud de cette île… sable blanc, eau turquoise, mais décor de collines désertiques. Et ce putain de meltem qui souffle sans arrêt entre force 4 et 6 avec souvent des périodes à 7 ! .
Nous voilà donc au mouillage, l’ancre tient bon, heureusement, bien plantée dans le sable, car on va passer, au moins, 2 à 3 jours ici, balayés par un vent permanent établi, qui se calme à peine la nuit. Comme on est près du rivage, où se bronzent des beautés, mâles et femelles, nues (y en a pour tous les goûts !), il n’y a pas de vagues et le bateau accepte ce vent constant simplement en tirant des bords sur sa chaîne… On s’arme de patience et on attend une météo favorable… Et je ne tiens pas à quitter le bord, si ça montait encore plus pendant notre balade à terre, et que l’ancre chasse… !
Parce que c’est bien le meltem, un peu en avance cette année qui perturbe notre programme. On espérait faire un saut du Péloponèse à Milos, SW des Cyclades et remonter par Sifnos, Serifos, Kithnos et Kéa pour rejoindre le golfe Saronique et retrouver Malène et Hélène le 9 juillet comme prévu ! C’est loupé pour ce coup là, on longera donc, dès qu’on aura la permission de monsieur Meltem, le Péloponèse par Monemvassia, Nauplie, Spetsai, Idhra…
Enfin, à l’aube du 5° jour, Wadi Rum lève l’ancre. C’est vraiment l’aube, il est 5h du mat ! Comme prévu par la météo le vent s’est calmé, c’est au moteur qu’on progresse ; comme pas prévu par la météo, on passe ce fameux et redouté cap Maléas par un vent qui monte déjà, bien sûr, " in the nose " et on termine avec 25 nds, force 6, à Monemvassia, au lieu des 10 annoncés ! Ca ne facilite pas les accostages !
Maintenant on s’attend à tout avec le vent d’ici ! Des amis dans les Cyclades ont pris 60 nds, c’est force 11, ça s’appelle " violente tempête ", juste avant " l’ouragan " ! Et ils ont explosé leur génois ! Mon dieu, mon dieu, qu’on n’aimerait pas… ! Et hier, ici, au cap Maléas, nos voisins ont pris 54 nds, en quelques secondes !!
MONEMVASSIA… en lettres majuscules ! On vous a raconté Delphes, Olympie, Mystra, Méssenes, Methoni et beaucoup d’autres endroits magnifiques… mais ici, c’est encore un cran au dessus ! Monemvassia, la ville à " une seule entrée ", Malvoisie pour les Francs. Imaginez, venant par la mer, une île, un roc aux parois abruptes, genre de petit gibraltar, 300m de haut, relié à la terre par un pont étroit… à ses pieds, blottie coté Est, une vieille ville du Moyen-Âge, ceinte de remparts, et protégée par une citadelle qui occupe tout le haut de ce plateau rocheux.
Les Byzantins l’ont construit vers l’an mille, les Francs l’ont occupée, après un siége de 3 ans, en 1248, avec toujours notre Guillaume de Villehardouin, vous le saviez déjà… mais perdue en 1263, comme rançon de sa libération, vous le saviez aussi si vous suivez assidûment ! Puis se furent les Vénitiens qui retapèrent la citadelle et la ville haute et la ville basse, en alternance avec les Turcs qui restèrent bien longtemps jusqu’en 1821 ! Monemvassia est la 1° ville grecque à se libérer du joug turc… souvenez-vous la guerre d’indépendance commence en 1821 et se termine en 1828, grâce, entre autre, à la bataille navale de Navarino de 1827 !
Une promenade, en nocturne, dans les ruelles pavées, étroites, désertées, éclairées par quelques rares lampions, une autre, à l’aube avant que les marchands du temple n’aient ouvert leurs échoppes, avec un vent violent qui hurle dans les escaliers et les passages voûtés, une bonne grimpette à la citadelle abandonnée et en ruine… et nous nous sommes imprégnés de l’ambiance de Monemvassia pendant toute son histoire… et se fut un enchantement… majuscule.
Avec une pensée toute particulière pour mon père, pour mon cousin Jean et pour ma petite soeur Michelle.
Et des pensées affectueuses pour vous tous.
Yassas, salut !
Ah, avant de nous quitter, ça souffle encore à force 7, mais on est dans un port, en bonne compagnie, au pied du roc, et y a des cafés des tavernes et de la bière… alors on tiendra le coup !
JJ S

De Pilos à Mystra

Salut à tous,
Mais Pilos, (ex-Navarino) ne nous a pas livré tous ses trésors. On a vécu ensemble la bataille navale de Navarino, on s’est baladé avec vous sur les murailles du Neokastro turc, maintenant on loue un scooter pour la journée et on part en vadrouille. D’abord il faut vous imaginer les Bergoux pour la première fois de leur vie, ensemble, sur un scooter super puissant de 50cm3… je vois les sourires entendus de vous tous, les amis, rois du 2roues… avec nos casques qui nous donnent des allures des chevaliers du ciel (ici, y a que les touristes pour mettre les casques, les locaux roulent à fond tête nue !) un peu d’hésitation au début, mais quel plaisir de rouler comme ça, très très peinards, dans ce paysage campagnard d’oliviers, sous le soleil .
D’abord un bond dans le passé lointain… 1200 avt JC… le palais de Nestor… époque mycénienne… il reste en fait très peu de chose et il faut de l’imagination ! Nestor est un copain d’Agamemnon, d’Achille, d’Ulysse, de Pâris et des héros de cette guerre de Troie .
Puis une belle balade, sur un promontoire sauvage et vertigineux, au milieu de centaines d’araignées, genre grosses épeires, qui ont tissé des toiles immenses sur le sentier. Jamais rien vu de pareil chez nous ! Même vue une veuve noire (abdomen rouge avec 4 points noirs : exact ?). Tous ces risques zinsensés pour les vieilles pierres grandioses de Paleocastro, citadelle construite par Guillaume de Villehardouin (encore lui !) vers 1200 (ap. JC, cette fois !), perchée sur un piton rocheux.
Il y aura des photos, un jour. Pour le moment, j’ai bien du mal à réduire et compresser !
La journée scooter se termine joyeusement. Bonne expérience : on recommencera. Discussion de ponton avec nos voisins allemands ; eux aussi ont loué des scooters : ils sont tombés ! Résultat des courses : une jambe cassée avec rapatriement et opé ; et 2 blessés légers ! Plus le " Routard "qui dit bien le danger des 2 roues en Grèce… on recommencera peut-être pas !!
Parmi aussi les bons moments de Pilos, ceux passés avec l’équipage très sympa de " frère coyote "… joli nom pour un bateau… un nom qu’on oublie pas !
Puis Methoni… accueillis par la tour turque, sentinelle sur la mer… qui garde la citadelle, construite par… notre Guillaume de Villehardouin, (toujours lui !). Comme toujours la forteresse est très vite passée aux Vénitiens, elle était un des deux " yeux " de la république (de Venise), puis, comme à chaque fois, elle devint turque, jusqu’en 1828, où les Turcs furent chassés par les français du général Maison, pour, enfin, devenir grecque… Ah, c’est pas simple !
En tout cas, mouillage superbe, avec ces remparts illuminés le soir… Mer d’huile le matin… petit dej dans le cokpit avec ce décor sous les yeux… Mer chaude et transparence… Bon ! j’arrête, ça va vous énerver !
Belle navigation au portant jusqu’à Kalamata, au fond du golfe de Messénie. Escale technique obligatoire pour remplir les " cubes "de butane vides. Pas de chance, l’embout spécial destiné au remplissage, emporté de France n’est pas le bon ! Faudra acheter des bouteilles grecques avec leur détendeur… On verra !
A Kalamata, il y a des petites tavernas très simples qui ne font " que " du porc entier à la broche… On paye la tranche de porc découpée à la hache au kilo… viande onctueuse avec une croûte bien grillée, une ventrée de frites, et un demi litre de Mythos, la bière grecque… le tout servi sur une nappe en papier sur une table bancale sur le trottoir, parmi la circulation dense et les odeurs d’échappement… un bonheur absolu !
On a bien digéré notre porc, merci ! De même que la grosse journée de vieilles pierres du lendemain.
Pour atteindre Mystra, on a traversé une région montagneuse superbe et sauvage, avec des gorges et des ravins impressionnants, marquée, elle aussi, par les incendies de forêts de l’été dernier… des zones immenses calcinées, des ruines de maisons brûlées, des monuments aux pompiers morts au feu… Ca a dû être terrible !
Mystra… formidable endroit. Au sommet d’un piton rocheux, un franc fait construire au 13° siècle un château imprenable ! Vous avez devinez : Guillaume de Villehardouin ! Mais il part guerroyer contre les Byzantins et il se fait prendre ! Et pour prix de sa rançon il doit leur donner Methoni, Monemvassia et Mystra. Dommage c’était presque neuf. Et Byzance y a établi une ville fortifiée extraordinaire, pleine d’églises et de couvents qui sont bien entretenus, voire véritablement reconstruits… mais c’est grandiose. Bien sûr Mystra fut aussi turque, vénitienne (un peu), fut brûlée par les Russes et par des brigands albanais… Faut suivre ! Et ça domine la vallée de Sparte.
Bon, je passe Sparte sous silence ! Cherchez un peu par vous-même ! C’était pas du tout le genre " enfants de chœur " !
Et comme on a l’estomac solide, on avale ce qu’il faut de kms pour visiter Messène. Celle d’Epaminondas, vainqueur des Spartiates justement. Un bond en arrière de 1600 ans (par rapport à Mystra). On est en 400 avt JC ! Voila donc des remparts qui ont 2500 ans et qui ont fière allure !
Vous avouerais-je que ce soir là, nous étions cuits ! Et la tête farcie, et de noms et de dates et d’histoires…
De Kalamata, cap au sud, pour ressortir du golfe de Messénie et escale à Koroni, en prenant une bonne claque de vent… nous naviguions tranquilles, j’allais faire une petite sieste, en 4 minutes, la mer est devenue blanche et le vent est passé à 32 nds (7 beaufort) ! Contents de mettre la pioche (l’ancre !) dans l’abri de Koroni. Joli petit port au pied d’une forteresse… Villehardouin… Venise… Constantinople… comme d’hab ! Maintenant vous avez compris le truc !
Le vent nous donne un peu de souci en ce moment car il souffle violemment et démarre brutalement, heureusement dans le bon sens. On va être attentif à la météo pour continuer vers l’Est. Mais il fait toujours un soleil radieux.
A bientôt, on vous embrasse JJ S

mercredi 11 juin 2008

Killini, Zakinthos, Katakolo

Kalimera, salut à tous,
Au moment où je vous écrit, Wadi Rum roule d’un bord sur l’autre dans une houle de travers pas très agréable, le ciel est gris et bas, les nuages lourds de menaces, et Sylvie, de veille dans le cockpit, bien couverte, au bord de la nausée… le moteur ronronne, faute de vent et le déssalateur est en panne ! Et, ça y est, il pleut ! Et c’est même un bon grain, bien serré ! Y avait longtemps ! Au moins ça va rincer le bateau à l’eau douce, ce qui est rarissime ici, on ne lave pas les bateaux à l’eau du robinet ! L’eau, c’est pour boire ! Vous voyez, c’est pas tous les jours génial !
Nous avons donc quitté Missilonghi le 29 mai, et laissé nos copains de Téata Blue reprendre leur route vers l’Est et le canal de Corinthe. Le soir même, "Wadi Rum " avait rendez-vous avec "Kosmos " et son équipage rochelais, à Kastos, petite île très agréable à coté de Kalamos. Soirée très amicale avec Gilles et Marite et leur équipière galloise Ined.
Puis c’est " La Marie Colette " qu’on retrouve à Sami en Céphalonie… Oui, oui, les ceusses qui sont attentifs l’ont remarqué, on y a déjà fait escale. J-Pierre et Laurence nous avaient accueillis à Preveza à notre arrivée en octobre 2007. Joie des retrouvailles !
Nous revoilà donc en Céphalonie, c’est l’occasion de vous raconter un autre fait de guerre tragique. 1943, 2° guerre mondiale. L’Italie alliée de l’Allemagne a envahi la Grèce, et en particulier, une division de chasseurs alpins de 9000 hommes occupe Céphalonie. Trop mollement au gré des nazis, et même, le maréchal italien Badoglio signe un armistice avec les Alliés ! Trahison, bien sûr, pour les allemands qui attaquent les italiens avec leurs stukas et leurs panzers et déciment la division alpine. Les survivants, 350 officiers et 4700 soldats se rendent. Sur l’ordre particulier d’Hitler, ils sont tous fusillés en masse !! 34 s’en sortent, aidés par la population grecque. No comment ! Rappelez-vous, " ils " avaient fait le coup déjà avec l’armée polonaise ! Cette histoire pas gaie du tout est relatée dans le film assez récent : " la mandoline du capitaine Corelli ", tourné ici, sur place. Sombre passé, qui rappelle que l’homme est un chien… capable du pire, et cela, quelque soit l’époque !
Voyons notre actualité plus souriante. Comment vit on en Grèce ? (elle m’emmerde cette houle, j’arrive même plus à taper sur le clavier ! Tout valdingue dans le carré !) On vit à l’heure GMT : Greek Maybe Time ! (et non Greenwitch Meridian Time, pour ceux qui avait oublié, qui d’ailleurs, s’appelle maintenant UTC, universal time coordonnated !) Et c’est vrai qu’il est impossible de compter sur eux ! Mais ils sont vraiment très gentils et serviables ! Les tavernes, y en a partout, avec des menus très standards. C’est bon mais toujours pareil ! Viandes et poissons et poulpes, calamars ou seiches grillés le plus souvent, frites ou riz (basta !) Quant à la moussaka, c’est pour les touristes, alors c’est la loterie ! (très " pas bon " quand ça sort du congèle !) Les prix ? Ah, mon bon monsieur, ça a bien augmenté, merci l’Europe, la nôtre, pas la fille du roi Agenor dont Zeus tomba Zamoureux ! (Ah la mythologie grecque ! J’en aurai des trucs à vous raconter loin des oreilles chastes !) Bref pour un petit gaster simple compter entre 10 et 15 euros ! L’après-midi tout est mort, tout est fermé, c’est la sieste, sacro sainte, sauf les grandes surfaces, désertes où ne traînent que les touristes. (bon, je vais prendre l’air… j’ai mal… au… cœur… houps ! attention aux renards ! Non je rigole… quoique !) Puis tout s’anime à nouveau à partir de 17-18h… Les cafés se remplissent… On s’assoit seul ou avec des amis, ou en famille pour boire de tout, comme chez nous, mais surtout du café, des cafés plutôt : expresso italien, cappuccino, café grec (surtout ne commandez pas un café turc ! mais c’est le même !) avec le marc au fond, à laisser reposer longtemps, et le café frappé (nescafé monté en mousse au mixer servi glacé dans un grand verre, avec plein de glaçons (j’avoue que j’aime bien ça ! c’est très désaltérant !). Un verre d’eau fraîche accompagne toujours les cafés, et on peut rester des heures avec un seul café… Eux, les grecs dînent très tard… donc, dans les tavernes, première tournée pour les touristes, ensuite les locaux ! Et l’ " ouzo " national, notre pastis sans la réglisse, se prend en apéro, plus ou moins dilué, ou en digestif ! Eux le prennent souvent pur, avec un grand verre d’eau à coté ! Bref, tout est bien sympa, et on s’adapte, somme toute, facilement ! D’ailleurs les cales de Wadi Rum sont pleines d’Ouzo, y a pas de rhum ici !
Killini fut notre première escale sur le Péloponèse et les vieilles pierres de la citadelle sur la falaise, nous parlent de Guillaume de Villehardouin. Eh oui, un petit gars bien de chez nous, et même un champenois ! Les Croisés, dans les années 12OO passent par ici, le Peloponèse, trouvent le coin sympa et s’y installent ! Ca s’appelle la Morée. Et avant que les turcs nous chassent, on y restent 2 à 3 siècles, avec les Angevins de Naples et les Vénitiens ! Et je résume ! Bref, Killini, c’était Clarence La Superbe ! Grand port de commerce de l’époque ! Vous verrez, je vous reparlerai de ce Guillaume de Villehardouin qui a fait des forteresses partout dans ce coin ! Il avait comme copain Guillaume de Champlitte ! Il ne se doutait pas que je serai vétérinaire à Champlitte 800 ans après ! Moi non plus, d’ailleurs !
Escale à Zakinthos, l’ancienne Zante, la " fleur de l’Orient ". Très beaux paysages de falaises, découverts avec J-Pierre et Laurence… plage de ponte des tortues (Caretta Caretta) au sud… Pauvres tortues qui doivent partager le sable avec les parasols et les transats… pas facile de faire de la protection de la Nature quand le Pognon est roi ! On gardera le souvenir, désagréable d’une tentative de rackett de la part du responsable du port ! J’ai été " cafter " aux Coast Guards et on a récupéré nos 50 euros ! Petit salopard !
Katakolo, de nouveau sur le Peloponèse, pour suivre sur l’atlas ! Un petit autorail, genre TER, nous conduit à Olympie. Quelle surprise, les collines tout autour du site, sont calcinées ! On avait oublié que les incendies de l’année dernière avaient laissé ces traces de désolation. Ici, le décor est moins grandiose qu’à Delphes, mais l’histoire tout aussi passionnante ! Imaginez, les premiers JO, il y a 28OO ans ! Les cités grecques en guerre font la trêve pendant ces 8 jours d’épreuves sportives. Mais ça ne rigolait pas : 3 épreuves de sport de combat (entre autres course à pied, lancement du javelot, du disque, et course de char): lutte, pugilat et pancrace. Dans cette dernière épreuve, il est arrivé que le vainqueur désigné mourrait peu après… imaginez l’état du vaincu ! Bon, le public rigolait bien (le public, rien que des hommes, forcément les concurrents, que des hommes, étaient tous nus). Et toutes ces festivités, en l’honneur de Zeus. Comme c’était un peu beaucoup païen, l’empereur byzantin Théodose les interdit vers 400 après JC. Et vous connaissez la suite avec Pierre de Coubertin… Quelle année déjà ?
Et encore une bataille navale ! J’espère que vous y prenez goût ! Celle-ci est capitale pour la Grèce. La guerre d’indépendance a commencé en 1821, vous vous souvenez… révolte des Grecs contre les Turcs… répression sanglante… Missolonghi et son siège héroïque… En 1827, ça se présente très mal pour les Grecs ! Les Turcs restent maîtres du terrain et, les alliés (Angleterre, France, Russie) ont préparés une sorte d’autonomie de la Grèce sous contrôle de la Turquie !!! que les Grecs sont bien obligés d’accepter. Or, le 17 octobre 1827, toute la flotte turco-égyptienne est au mouillage, c'est-à-dire à l’ancre (très important pour la suite) dans la rade de Navarino (Pilos aujourd’hui !) Cette armée ottomane terrorise la région. Et passant par là, la flotte alliée avec des vaisseaux anglais, français et russes, se pointe dans la rade où la flotte turque est positionnée en arc de cercle, prête à faire feu. Les alliés n’ont pas l’intention d’engager le combat, ils veulent seulement impressionner les Turcs, d’autant qu’ils ont 2 fois moins de bateaux et de canons que les Ottomans. Et l’escadre alliée commence à entrer dans la rade, quand un artilleur turc, trop fébrile, ne résiste pas au stress et met le feu aux poudres (c’est le cas !) en tirant le premier coup de canon ! La riposte alliée est immédiate et sanglante, les bateaux turcs sont immobilisés sur leur ancre, les alliés sont manoeuvrants ! 4 heures de combat terrible : 6000 marins turcs tués, 174 alliés (seulement !) et pratiquement toute la flotte turque par le fond ! " Un déplorable malentendu " diront les anglais. En 1830 la Grèce sera indépendante et souveraine ! Après, quand même, que le corps expéditionnaire français ait chassé les Turcs du Péloponosése.
Et Wadi Rum est au mouillage dans cette rade… ça sent encore la poudre… me semble-t-il.
Je suis très déçu ! J’avais fait beaucoup d’efforts techniques, pour égayer ce texte avec quelques photos. A force de copier-coller, et surtout de recadrage et mise au format, j’étais content du résultat ! Hélas, ce matin, au cyber-café, impossible de vous l’envoyer… beaucoup trop lourd… j’arrivais à 17000 ko au lieu de 25-30 ! (Larry ! au secours ! si tu peux me dire comment alléger des photos… ou me redire comment utiliser le système de stockage de Gmail pour que Marie puisse piocher dedans et illustrer le blog… !) Sinon, tant pis, j’apprendrai cet hiver, pour être au top l’année prochaine .
A bientôt, tous ! Wadi Rum continue vers le Sud du Péloponèse.
On vous embrasse JJ S

vendredi 30 mai 2008

Patras

Yassas ! (Salut)
Nous sommes juste au Sud de la petite île d’Oxia, à l’entrée Nord du golfe de Patras. 7 octobre 1571 au matin. Don Juan d’Autriche, bâtard de Charles Quint dirige la flotte chrétienne de la Sainte Ligue, qui navigue vers l’Est. Il a 23 ans. Sous ses ordres 250 galères génoises, espagnoles, vénitiennes, papales, napolitaines, maltaises avec 15000 hommes, rameurs et soldats. Devant eux 200 galères turques du sultan Selim, commandées par Ali Pacha (pas le même que l’autre, bien sûr !) avec autant de combattants et de galériens, mais eux sont des esclaves au service des Ottomans. Elles arrivent du petit port de Nafpaktos, ou Naupacte, ou Lépante. Les deux flottes vont à l’affrontement à grands coups d’avirons. Le jeune Don Juan d’Autriche, est sur la première des douze grandes galéasses vénitiennes, tendant un crucifix vers le ciel. Ces bateaux sont l’arme secrète de l’escadre chrétienne : avec 750 hommes, rameurs et soldats, dotés d’un " château " à la proue et à la poupe, leur artillerie, de 15 canons est capable de tirer latéralement, alors que toutes les autres galères ne tirent que dans l’axe… Ca y est ! Les deux flottes sont au contact. Le combat est terrible. Les galères chrétiennes sèment la destruction dans la flotte turque, l’envoyant par le fond, et sauvant et libérant un grand nombre d’esclaves. Ce combat naval de Lépante donne un coup d’arrêt définitif à l’avance de l’empire ottoman vers l’Europe. (Ouf !!..., Ne rigolez pas !) Mais les Turcs resteront encore 300 ans en Grèce. Cervantès (mais oui, " Don Quichotte " !) perdit un bras dans la bagarre, et le Duc de Guise, et Crillon, compagnon du futur Henri IV, sont de la partie…
Wadi Rum se fait tout petit et discret en passant là !... Mais c’est impressionant !
Nous arrivons d’un mouillage sûr et tranquille derrière l’île Pétala, au pied d’une falaise sauvage, percée, à mi hauteur, d’une grotte… évidemment, nous ne résistons pas à la tentation (le gêne spéléo !) un petit crapahut, très raide, nous permet de l’explorer… voila bien longtemps que personne n’est venu ici, nos pas marquent le sol vierge de la cavité, visiblement habitée par les chèvres de l’île… dans la 2° salle, obscure, une odeur d’ammoniaque terrible, et des piaillements importants nous indiquent la présence d’une grosse colonies de chauves-souris, qui volent, affolées, dans les rayons de nos lampes… on se dépêchent de les laisser tranquilles, en plus c’est irrespirable !
On entre dans le golfe de Patras. Le vent se lève, de face, formant une mer désagréable et courte, mais on finit par arriver à Missolonghi, un peu secoués et fatigués. Là encore une grande page de l’histoire de la libération du peuple grec du joug turc. Nous sommes cette fois en 1822, Missolonghi se soulève contre les turcs. A sa tète, Botzaris, un souliote (vous vous rappelez ce peuple de montagnards, rudes, courageux et déterminés, et qui n’aiment pas du tout les Turcs !) Lord Byron, le poète anglais, avec d’autres intellectuels européens, vient participer à leur lutte. (Il y meurt de maladie en 1824). Le siège final commence en 1825. Les grecs retranchés dans Missolonghi sont 5000, contre 15000 turcs plus 10000 égyptiens. Ils résistent plus d’un an, tentent une sortie désespérée, mais trahis, sont décimés par les turcs, y compris les femmes et les enfants… les survivants se font sauter avec la poudrière … un parc des héros avec monuments, statues, tombes leur rend hommage… Quand je vous disais que les Grecs ont chèrement acquis leur liberté et leur indépendance, et que, somme toute, c’est récent !
Je passe rapidement sur les petits ports de rêve, les îles presqu’idylliques, pour ne pas vous faire trop de mal… ! C’est d’autant plus agréable qu’on navigue de conserve avec un 435, " Kayok " grand frère de Wadi Rum, mené par un équipage très sympa Louis et Roseline… (NB pour Bernard T. : elle a succédé à Jeannette à l’hôpital de Bx !! émotion++ !) De plus, leur véto, et excellent ami, est un camarade de ma promotion… C’est pas dingue ça ! Que le monde est… !
Quelque fois pourtant la météo capricieuse, imprévisible et brutale de cette région se rappelle à nous… Wadi Rum et Kayok quittent Trizonia, petite île du golfe de Corinthe, vent dans le c.… dos, tranquille, et le vent monte aussi tranquillement jusqu’à force 6 et 7 ! Plus de 9 nds sur le fond ! Belle régate ! L’accostage sur le quai d’Itéa a été un peu rock’roll, mais Ok grâce à l’aide d’un couple de navigateurs français qui, après papotages divers, se révèlent être Michel et Géraldine sur Gem V, copains très proches de Bruno et Chantal (un frère de Sylvie) !! Qui disait cette banalité affligeante, que le monde est petit !!
Delphes… !! restons sobres, pour ne pas, encore une fois, tomber dans une affligeante banalité ! Le cadre : grandiose ! Encore mieux à 8h du matin avant l’arrivée des autocars de touristes… les pierres, 2500 ans, chargées d’histoire… Ah ! apprenez que la Pythie n’exerce plus et que de, toutes façons, ses honoraires devenaient prohibitifs… y a qu’a voir les richesses accumulées et superbement présentées dans le nouveau musée, parmi lesquelles le célèbre " aurige " (cherchez un peu !). Et ses prédictions étaient aussi fantaisistes que celles de madame Soleil. Crésus en garde un mauvais souvenir ! (cherchez zencore !) Vaut le voyage dit le guide Vert : exact !
Galaxidi ! Superbe petit coin, mais mais mais l’odeur de l’euro arrive jusqu’ici ! L’obole de 2 euros dont tu parlais, mon vieux Yves d’Iris s’est multipliée par … 10, en 4 ans ! Ca se dégrade, mes amis !
Puis on ressort du golfe de Corinthe et du golfe de Patras par l’W.… Re-Trizonia… Re le pont de Rion… Re- Messolonghi… cette fois la mer est d’huile et le soleil de plomb… mais nos muscles toujours d’acier (bôf !) et nos cœurs d’airain (si si !) Alors on résiste, et on utilise sans vergogne la risée Volvo.
" Kayok " continue, lui vers l’Est, vers son destin, pour franchir le canal de Corinthe, et nous, nous retrouvons " Teata Blue " nos copains Michel et Françoise sur leur beau cata (RV organisé !) (je renvoie nos fidèles lecteurs au chapitre Sicile du premier tome édité en 2007). Plaisir des retrouvailles et de l’amitié entre navigateurs. Ils ont traversé jusqu’en Grèce avec du gros mauvais temps, du vent de face atteignant 45 nds (force 9)… ça a duré 3 jours ! Pas marrant du tout. Le mal de mer et la peur étaient du voyage… !
Et voici la rubrique que vous attendez… arrêtez de trépigner : le courrier des lecteurs !
Oui, Gérard, mon cousin… à cet hiver… on a 30ans à rattraper (SVP transmets mes mails à Daniel, ton frérot, car mes courriels ne passent pas.)/ Henri et Monique, portez vous bien, on vous imagine heureux et peinards à la Flotte en Ré pour tout l’été, avec toute la grande tribu Moret autour de vous !/ Jean-Pierre et Catherine du 52, rigolez pas vous autres, c’est vachement plus sain que le " 9 " " 3 " et c’est une terre où je fus très heureux ! Cath fais une grosse bise à ta maman… /Les ptits Barchoux : bien sûr que vous étiez avec nous à Delphes ! A propos JJ, tu avais rêvé de voir WR au mouillage du coté du golfe Saronique, tu te souviens où ? Hè oui les amis, les Bergoux se mettent à glander, mais ici, on n’a que de mauvais exemples !!/ Gérard de " Boisbarbu ", on ira sur ton site à la 1° occase… et on vous attend à LR. / Merci J-Louis et Christiane, les poitevins, de nous suivre, en fait on vous emmène un peu avec nous !/ Alain et Annie de Gaia, merci des news ; Alain cette fois je franchis le pas : y aura internet à bord next year, j’ai des exemples clairs ! Et c’est génial. On en a marre de courir les cyber cafés !/ Mon cher Marc (Rousseau), je pense souvent à Papa parmi ces vieilles pierres, dans ce pays qui rappelle la Tunisie, et quand je suis avec mon père, vous êtes aussi dans mes pensées. / Quant à toi, Dominique de Balane V, je te retiens avec tes histoires de rats qui sont venus dormir avec toi ! A faire des cauchemars ! C’est ma faute j’avais commencé !/Et toi, Françoise, on t’accompagne dans la convalescence de ton pied martyrisé… avec Yves-Jean comme aide-soignant, tu vas être dorlotée… tiens bon, ça va passer vite !/ Gérard et Paulette, vous voila vraiment auvergnats, tu vois Gérard que Euclide et ses comparses étaient déjà très bons, et c’était y a longtemps !/ Super, Jacques tes photos de Lourdes… apparemment tu monte en grade et en responsabilités. /Je vois, chères petites sœurs, que vous avez fait du bon travail à Ségoufielle ! / A tous, et à ceux que j’oublie, sachez que vos petits messages nous apportent un peu d’air de chez nous et que ça fait très plaisir !
Wadi Rum va maintenant tourner son étrave vers le Sud, pour faire le tour du Péloponèse.
Salut à tous, Yassas, à bientôt

samedi 17 mai 2008

Cap sur le Péloponèse...

Kalispera, (c’est l’après-midi !)

Pardonnez moi les fausses manœuvres avec pièces jointes perdues en route, les fautes de frappe…( non, y a pas de faute d’orthographe !!), c’est probablement pas fini ! Heureusement, quelques uns suivent, et me préviennent !

Merci de vos petits mots en retour. On a, comme ça, des nouvelles de vous, du Poitou à la Nlle Calédonie ! Bravo Jean pour ton élection à Gençay, retour à tes premières amours ! A propos, ton livre « les amours paysannes », très « nature » a rencontré un vif succès mêlé de stupeur auprès de notre génération montante. On vous suivra avec intérêt en Inde et au Népal. Vieux, très vieux, et superbes souvenirs pour moi (1972 !!).

Quant à vous, les amis du Périgord qui capelaient vos cirés, chaussaient vos bottes et coiffaient vos suroîts pour suivre nos navigations, vous pouvaient sortir les bermudas, les chapeaux de paille et la crème solaire protection max….car notre vie a bien changé : ce ne sont que petits trajets, sous le soleil, encore clément, le plus souvent au moteur, avec, quand il souffle, un vent très très capricieux en force et en direction. Pour dire vrai, on ne fait pas de « la voile » ici, on va d’un joli coin, à une jolie crique, à un joli port, à une jolie taverna, pour un joli coup de vin local… et c’est très sympa, mais c’est autre chose que nos virées atlantiques !

Vous savez déjà que Marie nous a rejoints avec Hubert son copain…Mouillage forain, petite crique superbe au sud de Fiskardo sur Kefallonia, entourée de montagnes qui plongent dans l’eau claire et limpide…L’ancre bien crochée et trois amarres à terre car de temps en temps de bonnes rafales dévalent de là-haut…Des bois de pins , de petits chênes, d’ oliviers, des senteurs de garrigue… nous sommes seuls… 2 barques de pêcheur et 2 petites épaves, un peu émouvantes, juste là sous la surface…idyllique ! Vraiment idyllique jusqu’au moment où…Hubert, un peu penaud, m’annonce que …les chiottes sont bouchées !! Avec un kleenex formellement interdit pour cet usage !! Bonheur et servitude du WC marin ! Grandeur et décadence du pauvre plaisancier, plié en 8, recroquevillé dans ce réduit, démontant, nettoyant, détartrant, remontant, testant, redémontant tout parce que ça fuit, et remontant enfin la pire plomberie qui soit…je vous épargne les détails, mais c’est très ch…pénible ! Pensée pour Matthias et Annick, pour Claude et Pierrette, pour tous les plaisanciers dont c’est, à l’apéro, le sujet favori, après les techniques de mouillage !...Mais un matin radieux, ensoleillé et calme, dans cette crique de rêve nous réconcilie avec la vie ! (Hubert est pardonné depuis sa faute avouée !)

Escale à Sami, toujours sur Céphalonie, la plus grande des « Ioniennes ». Une petite voiture de loc’ nous permet de faire un bon tour de cette île montagneuse aux paysages grandioses. Mais la petite nipponne a bien souffert sur les pistes caillouteuses, demandant même aux passagers de descendre, pour nous mener vers ce monastère du 13°, au dessus de Poros, avec une vue unique…Vous avez remarqué ? Les moines ont toujours trouvé les plus extraordinaires endroits pour construire leur lieu de vie et de prières ! Il est vrai que la méditation y est naturelle. Ca sera confirmé, je crois, par les Météores et le mont Athos plus tard, dans notre voyage.

Petit épisode d’histoire naturelle : nous nous baladons dans les ruines de la citadelle vénitienne au dessus d’Assos, petit St Trop local (encore un!), pierres chauffées par le soleil, taillis et buissons denses (pratiquement pas d’entretien des espaces verts !) et évidemment, j’ai failli mettre le pied sur un reptile noir de 0,8 à 1m de long et de 6 bons cm de diamètre, dont je ne vois pas la tête…repli stratégique prudent de toute la petite troupe… mais Hubert retrouve la bête, qui fait bien son 1,5m et on peut l’examiner un peu mieux , pour identifier une couleuvre, probablement ( au Maroc, j’aurai pensé à un cobra !) J’attends vos expertises !( grandes écailles sur la tête, et jaune pâle sous le cou, seuls éléments de diagnose !)

2° histoire naturelle : on nous avait bien prévenu de la présence de rats (des gros!) en grande quantité à Méganisi, qui montent à bord par les amarres ! Pas de problème pour nous (jusqu’à présent !) mais l’équipage de « Felibre » nous a raconté une nuit épique à chasser un rat clandestin… vous imaginez le chantier, avec les dizaines de cachettes disponibles pour ce charmant équipier !

Puis, comme dans la dernière image d’un album de Tintin, le gros ferry a pris le large, emportant nos jeunes, accoudés au bastingage et nous avons suivi longtemps son sillage…un peu mélancoliques !

Ce soir là, longue promenade par la petite route qui grimpe parmi les oliviers, vers l’ancienne acropole de Sami. Le soleil couchant éclaire les restes de ces remparts aux pierres énormes, sur lesquelles gambadent des cabris, sans peur du vide, accompagnés de leurs mamans chèvres dont les cloches tintent…Bucolique et paisible. Nous sommes seuls et nous imaginons cette cité grouillante de vie il y a 2500 ans ! En bas, loin, la ville moderne brille de tous ses feux. La descente se fait alors que la nuit tombe. Moments de bien-être tout simple.

Changement de décor et d’ambiance : Fiskardo, au nord de Céphalonie, encore un petit St Trop! Petit port charmant, aux maisons colorées, dont quelques belles vieilles demeures vénitiennes, avec des cafés et des restos sur le quai. Il reste 50 cm pour amarrer les voiliers qui arrivent, nombreux, dans cet endroit touristique, mais très sympa (en mai, en été… ?). Robert Guiscard, un Normand, y serait mort d’une épidémie avec 10000 de ces hommes en 1085…Il a donné son nom au patelin.

L’histoire de la Grèce, comme celle de toute la Méditerranée, est très variée, mouvementée et dramatique. Je vous en reparlerai quand j’aurai un peu mis tout ça au clair dans mon petit cerveau ! Sachez que la Grèce n’est dans ses frontières actuelles que depuis la fin de la 2° guerre mondiale ! C’est un pays « neuf » avec une histoire passionnante.

Puis nous avons continué nos navigations tranquilles sous un soleil « épisodique », en remontant à Lefkas, à Leucade, pour acheter quelques cartes marines …et nous redescendons vers le sud, pour faire un tour dans le golfe de Patras et Corinthe, avant de continuer vers le sud autour du Péloponèse !

Wadi Rum vous salue tous bien affectueusement, à bientôt !

jeudi 15 mai 2008

Sur les pas d'Ulysse

Kalimera,
Mercredi 7 mai. Pour la première fois le soleil nous abandonne, au bout de 15j : de gros nuages gris et lourds courent dans le ciel, quelques ondées…tous nos voisins de quais, expérimentés en météo grecque, craignent des rafales violentes et restent à quai…on ne va pas faire les bravaches et on attend !
Nous sommes à Vathi, capitale d’Ithaque, joli village neuf et coloré établi au bord de sa petite baie. Il a été détruit entièrement par le tremblement de terre de 1953. Ici on est chez Ulysse (toujours lui !) ! Il était le roi de cette petite île montagneuse et plutôt pelée, où, après 10 ans d’aventures homériques (!) il a fait le ménage parmi les prétendants de sa douce Pénélope ( en les tuant tous, tout simplement) pour prendre sa retraite….
Mais revenons au début ! L’Epire est le meilleur ? pas sûr, mais c’est pas mal ! Marie et Hubert débarquent à Preveza . Une petite voiture de location nous permet de nous enfoncer dans l’intérieur des montagnes de cette région sauvage, prêts à affronter le mode de conduite grecque. Nos premières vieilles pierres à Dodoni, réputé pour son théâtre, un des plus vastes et des mieux conservés de la Grèce antique. ……..Puis Ioanina, au bord de son lac de montagne comme Annecy. Le fief d’Ali Pacha, maître despotique de l’Epire, de 1788 à 1822 ( à La Rochelle, c’était l’année des « 4 sergents ») . Un beau salopard celui-là ! Longtemps au service des Turcs, dominants alors toute le Grèce, il fut l’ami, puis l’ennemi des Français qu’il battit à Preveza, envoyant les prisonniers survivants à pied jusqu’à Constantinople …on imagine la vie dans les geôles turques… ! Il extermina les Souliotes, rudes montagnards grecs, dont une soixantaine de femmes se jetèrent dans le vide avec leurs enfants, pour ne pas tomber aux mains de ses hommes ! Elles sont le symbole du courage et de la fierté grecs. Puis Ali voulut s’installer à son compte, en soutenant la révolte des Grecs contre les Ottomans ! Les Turcs n’ont pas aimé, et sa tête fut exposée à Constantinople. Une vie pleine d’actes de barbarie, de vilénies et de trahisons, et un harem de 500 femmes pour se détendre (quoique!). Mais Ioanina a une citadelle fort belle avec 2 mosquées et leurs minarets, souvenirs des Turcs…….Et enfin, un tour dans les gorges de Vikos, plus grandioses et sauvages que notre Verdon ! Avec encore quelques ours, loups et aigles divers.
Enfin Wadi Rum a repris la mer vers les Ioniennes du Sud, avec vent tranquille et soleil. Et je remercie encore tous les marins qui ont traîné leur quille dans ces eaux, Yves Pinault, Gilles Payet-B, Piero Giuletti, André et Nicole d’Arminel, Claude et Pierrette Billard, les Ganzies, Tom et Lotte, et ceux que j’oublie, et je mets en application leurs conseils , avec succès .
Le canal de Lefkas avec une étape dans cette ville charmante bien que touristique, avec ces clochers-campaniles en structures métalliques , très originaux…..Nidri, saturée de bateaux de loc, des dizaines, alignés…nous sommes passé presque sans regarder, pour aller mouiller tout au fond de la baie de Vlikho , avant de faire une nouvelle escale à Spartachori, sur Meganisi, où le village rend un hommage émouvant à un jeune marin mort en opération militaire….Un quai au fond de la petite baie, une pendille tendue par le tavernier pour amarrer le bateau, et sa taverne au bord de l’eau…quelques petits bateaux de pèche tout en couleurs sur l’eau turquoise, des oliviers, des cyprès, des ifs, des pins et toutes sortes de buissons et de fleurs accrochés aux pentes rocheuses, quelques moutons… voila le décor au soleil couchant! Superbe et bucolique, à vous faire rêver, n’est-ce pas ?.....Puis, quelques criques plus loin, nuit au quai d’Ormos Atheni, avec toute une flottille de bateaux de location ! C’est la rançon à payer, on n’est plus les seuls à vouloir profiter de ces endroits idylliques ! ça reste quand très sympa pour le moment (Mai) On s’inquiète de ce que ça sera en Juillet et Aout !!??
J’oubliais nos rencontres avec les dauphins (Tursiops truncatus) (on pense à toi , Gaëlle, à chaque fois !) et les tentatives d’Hubert de se mettre à l’eau pour jouer avec eux… mais ici, ils semblent fuir l’homme. A Mayotte, Hubert a des souvenirs très « forts » (faut dire comme ça, non ?) de jeux avec les dauphins.
Petite leçon de chose : le poisson-thermomètre, (Carapus acus) est un petit poisson qui trouve refuge dans l’anus des holothuries (concombre de mer). N’allez surtout pas à la pêche aux holothuries (pour les revendre aux japonais) dans le plus simple appareil, car le poisson-thermomètre va aussitôt chercher un autre orifice pour se cacher… ! Ca fait frémir !
Beaucoup plus sympa notre escale à Kioni, toujours sur Ithaque. Village coloré, grimpant sur la colline, dans le fond d’une grande crique à l’eau claire et transparente, mais encore trop fraîche pour s’y baigner, à notre goût !
Voila les amis, Wadi Rum va quitter Ithaque pour Céphalonie ,(Keffalonia) malgré les nuages…
On pense à vous tous, bien affectueusement
A bientôt....Yassas !